14 février 2008
Simplicité de Dieu
"Il reste que le premier des êtres doit être absolument simple" Thomas d'Aquin, Compendium, ch.9.
Lorsque l'on s'aventure à parler de Dieu, on est tenté de multiplier
sans fin ses "attributs", ses perfections, et ce n'est pas sans raison: la
réalité de Dieu n'est-elle pas d'une richesse, d'une complexité infinie?
Et
pourtant, on oublie souvent que Dieu, s'il peut être décrit comme
vivant d'une vie infiniment riche, peut aussi être considéré comme
"l'Être absolument simple".
Comment approcher cette simplicité?
Dieu serait-il ce qui reste
une fois que nous avons abstrait de notre pensée toute composition?
Serait-il quelque chose comme le vide infini rassemblé en un point?
Peut-être,
en un sens, car tout ce que nous disons de lui n'est jamais, dans
une certaine mesure, qu'une simple projection de notre être fini et
divisé. Dieu serait donc appréhendé par une négation, il serait un
"néant" par rapport à tout ce qui est: "Et je vis que ce néant était
Dieu", écrit Maître Eckhart.
Cependant, si nous y pensons bien, nous verrons que nos paroles sont
encore trop pauvres lorsque nous disons que Dieu est ce "rien". Nous en
disons encore trop: nous lui donnons déjà un nom humain.
Et quitte à
lui en donner un, ne devrions-nous pas choisir celui qui exprime au
mieux, non seulement sa transcendance (sa différence infinie) mais la
plénitude dont elle découle?
Quel pourrait être un tel nom?
Mon (très) vieil ami Jacques, que je vois à la messe tous les matins, me disait récemment: "Dieu n'est qu'amour. Après, on a rajouté des choses: 'il punit', etc. Mais en réalité Dieu n'est qu'amour, et on a rajouté des choses pour que la messe soit plus longue."
Cette réflexion peut sembler banale, mièvre ou naïve, mais je crois
qu'il n'en est rien. Si nous considérons que l'amour est le nom de la
simplicité de Dieu, alors elle apparaît dans une autre lumière.
L'amour
dont il est question n'est pas une émotion vague, une gentillesse
béate. Loin de là, il est la simple plénitude dont découlent toute
réalité, toute puissance, toute beauté, toute liberté, toute justice,
toute bonté, toute douceur et toute force.
Tous les discours
des théologiens, les tâtonnements des philosophes, les prières de la
liturgie, ne viseraient donc que ce point unique, dans son absolue
simplicité.
Il faudrait toujours se souvenir de cela lorsque nous parlons de Dieu, et à Dieu.
Commentaires
Ce message me touche profondément, j'adhère totalement à cette pensée. Et paradoxalement, la simplicité peut être plus difficile à atteindre que la complexité...
Que faut-il entendre par "simple plénitude" exactement ?
Question difficile...:) Je ne suis pas sûr que l'on puisse parler de manière vraiment exacte sur ce genre de sujets...
Par "simple", j'entends un état de perfection d'où est absente la division (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de diversité, de multiplicité).
Et il s'agit d'une plénitude, parce que nous n'avons pas affaire ici à une simple négation: Dieu est simple en vertu de sa perfection positive, non en vertu d'un manque.
J'ai bien conscience du fait que ce genre de propos doivent t'apparaître comme des spéculations gratuites, voire des mots totalement dépourvus de signification substantielle.
Pour ma part, lorsque j'écris ce genre de choses, je ressens à peu près ce que ressentirait un peintre à qui on commanderait un tableau représentant exactement chaque goutte de la mer. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de mer...
Je ne parlerais certainement pas de "spéculations gratuites" car nous ne sommes pas ici sur le terrain de l'argumentation. Les paradoxes que tu utilises me font penser aux textes taoïstes qui, à travers des formulations déroutantes, tentent d'indiquer que le Tao est au-delà des discours et des capacités d'analyse humaine. A cet égard, ton analogie artistique est intéressante. L'art et la foi, même combat.
"L'art et la foi, même combat."
Je suis d'accord avec l'idée, mais il faut voir quelle conception on se fait de l'art...
Si l'on pose que l'art exprime uniquement le sentiment subjectif de l'artiste, l'analogie ne me semble pas vraiment valable.
Si l'on considère que l'art exprime un certain regard sur le réel, et que par là il dévoile quelque chose du réel ou renvoie à un aspect de ce qui est, alors j'accepte sans problème l'énoncé.
On pourrait dire aussi que l'art "célèbre" le réel, qu'il tente de rendre le spectateur ou le lecteur attentif à la richesse et au caractère étonnant des choses.
De même, à côté de la théologie de controverse, il existe un type de discours théologique qui "célèbre" Dieu, et qui n'a pas pour but de prouver quelque chose. C'est un peu dans cet esprit que j'écrivais ces quelques lignes qui, effectivement, ne se trouvent pas sur le terrain de l'argumentation.
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